C'était la première fois que le Canada accueillait des championnats du Monde de trampoline et de tumbling depuis la création de ces disciplines. Je n'avais que 12 ans en 1996, mais les souvenirs du spectacle auquel j'ai assisté du 23 au 25 août à Vancouver (Canada) resteront gravés à jamais dans ma mémoire. Chronologie de cette épopée.
Jeudi 23 août 1996 : 20 secondes pour l'Histoire
Les qualifications de ce championnat du Monde sont marquées par le rec
ord du Monde de l'imposé battu par Emmanuel Durand, étoile montante du trampoline français, médaille de bronze au championnat d'Europe 1995 à Antibes, et qui a pris le leadership de l'équipe de France de trampoline à 75% renouvelée par rapport celle présente au mondial de 1994 à Porto.
En l'absence de Fabrice Schwertz, champion d'Europe 1993, en perte de figures à ce moment là, Manu Durand s'impose comme la locomotive de cette jeune équipe : Manu Durand et David Martin n'ont que 19 ans et Guillaume Bourgeon 23 ans. Fabrice Hennique, représentant la génération « Schwertz », est le seul à ne pas faire ses premiers bons en championnat du Monde.
Retour sur cet imposé magique : comme il en a l'habitude, Manu réalise fréquemment plus de 28 pts à l'imposé, ce qui représente plus de 9.3 pts de note moyenne par juge (seules 3 des 5 notes d'exécution sont conservées). Ce jour là, Manu ne quitte pas la croix (le centre du trampoline), réalisant chacune de ses 10 touches sans aucun déplacement, en retombant 10 fois de suite au même endroit, une performance incroyable, un exercice parfait, une exécution sensationnelle. On ne tarit pas d'éloges pour décrire ce moment unique dans l'histoire d'un sport où le geste parfait est réalisé. Pour la première fois il est palpable. Ponctué par un sublime half out groupé – double arrière tendu, l'exercice respire la puissance, la maîtrise. En 20 secondes transparaissent des années d'entraînements, des milliers d'heures d'effort et de plaisir à l'entraînement. Consécration. Manu entre dans l'histoire avec un total de 29.50 pts (sur 30 pts maximum) alors que les meilleurs mondiaux approchent rarement les 29 pts en imposé. Il obtient même un 10 de la part de la juge australienne, Mélanie Tonks.
L'équipe de France de trampoline est sur les rails et se propulse en finale par équipe tout comme l'équipe de France féminine de tumbling, emmenée par Chrystelle Robert qui se place sur orbite et prend la tête des qualifications. Elle entraîne dans son sillage sa coéquipière Karine Boucher. Chez les hommes, Christophe Fréroux et Nicolas Francillon prennent leur billet pour la finale.
Vendredi 24 août : le toit du Monde, puissance 2
Tout en maîtrise, les nouveaux venus ne flanchent pas en finale par équipe lorsque le seynois Fabrice Hennique, premier à passer pour la France, chute à la 8ème touche après un bon début d'exercice. Guillaume Bourgeon puis David Martin sont impériaux. Vient le tour d'Emmanuel Durand, majestueux : un 13.6 pts « classique » avec une entrée en 3 triples rotations, une exécution et une très bonne maîtrise. Conclusion en miller tendu (double arrière tendu avec 3 vrilles). Franck Bardy, l'entraîneur, explose de joie et frappe le pads avec force : 16 après la bande emmenée par Lionel Pioline, les français sont champions du Monde de trampoline par équipe. Elle succède à l'équipe de Biélorussie au palmarès. Première marseillaise en terre canadienne.
Gonflés à bloc, Emmanuel Durand et Guillaume Bourgeon doivent se reconcentrer pour la finale individuelle le lendemain, mais également David Martin qui prendra part à la finale en synchronisé avec Emmanuel Durand, pour le début dune carrière internationale couronnée de succès.
Une seconde Marseillaise retentit à Vancouver grâce aux tumbleuses : Chrystel Robert, Marlène Bayet, Mélanie Avisse et Karine Boucher. Des noms qui reproduiront de très belles performances collectives et individuelles lors des échéances internationales suivantes.
Le festival continue en tumbling où les Français Franck Salcines, Christophe Fréroux, Nicolas Francillon et Stéphane Bayol deviennent vice-champions du Monde par équipe.
Samedi 25 août : si près de l'or
En l'absence du « maître » du trampoline, Alexander Moskalenko (RUS),
retraité depuis son 3ème titre mondial glané en 1994, la succession est ouverte et les appétits de victoire son exacerbés. La lutte pour le titre oppose essentiellement Emmanuel Durand et Dimitri Poliarouch, le Biélorusse qui a ravi, à Antibes en 1995, le titre européen à Fabrice Schwertz et sur les terres de ce dernier. Guillaume Bourgeon, pour sa première finale mondiale, est impérial. Tout en puissance et élégance, il signe une prometteuse 4ème place, entrant ainsi pour quelques années dans l'élite mondiale du trampoline.
En tête des qualifications, Emmanuel Durand passe dernier de la finale. Juste avant lui s'élance Dimitri Poliarouch. Il réalise un libre correct, comme il sait les faire depuis son début de carrière chez les seniors, en 1988. Manu s'élance alors, il dispose de 1.6 pt d'avance sur Poliarouch, ce qui n'est pas négligeable.
Il effectue 3 premières touches splendides, mais un full in full out tendu « rivers » (une figure arrière se déplaçant vers l'avant, au lieu de reculer légèrement ou rester sur place) vient le mettre en difficulté à la 4ème touche, Manu se replace alors mais doit modifier son exercice…et compter les figures pour ne pas en faire plus de 10. Manu termine son exercice par miller tendu suivi d'un salto arrière groupé. Sa note de difficulté s'en trouve affectée, elle se chiffre à 11.9 pts contre 13.6 pt attendus. Au total, Poliarouch passe devant Manu et prend le titre avec…0.3 pts d'avance. Cruelle issue pour ce championnat qui avait si bien démarré pour Manu et qui, malgré sa modification d'exercice, aurait pu se maintenir en tête en réalisant, par ex
emple, une double vrille arrière à la place du salto arrière groupé. Il aurait alors devancé Poliarouch de 0.1 pt.
En grand champion, Emmanuel Durand se ressaisit et repart au combat, cette fois-ci pour sa première médaille mondiale en synchronisé. Elle est en argent et son associé dans l'épreuve, David Martin, est comblé, après avoir manqué ses qualifications en individuel. Le titre revient aux Russes Sergei Voronine et Andrei Kossov et chez les dames Oksana Tsygouleva et Olena Movchan (UKR) débutent leur moisson de titres internationaux en synchronisé.
En tumbling, Chrystelle Robert dorée une seconde fois dans ces championnats, fait retentir la Marseillaise pour la 4ème fois de suite en championnat du Monde FIT en devançant l'Américaine Kendra Stucki. Chez les hommes, l'impressionnant Américain Rayshine Harris s'impose avec 4 points d'avance sur le Russe Andrei Krougliakov. Harris avait également enflammé le public des Jeux olympiques d'Atlanta quelques semaines auparavant lors du gala olympique qui avait présenté le tumbling et le trampoline. Emmanuel Durand, Fabrice Schwertz et Chrystel Robert y avaient également pris part, devant 25000 spectateurs.
Christophe Fréroux et Nicolas Francillon signent respectivement de belles 6ème et 5ème places tandis que Karine Boucher prend la 5ème place.
Un bilan très positif pour la France à ces championnats du Monde qui, en trampoline et en tumbling, a vu éclore une nouvelle génération promise aux plus beaux succès…de quoi envoyer le Directeur Technique National, Pierre Vilien, et son adjoint, Georges Rivoal, dans les airs : après les championnats les deux responsables prennent place dans une attraction catapulte située en marge du palais des sports. Une envolée que ne manquera pas de reproduire l'équipe de France lors des rendez-vous internationaux suivants.
Résultats détaillés